Il y a des albums comme des énigmes. De magnifiques énigmes que l'on a beau lire et relire et qui, pourtant, ne laissent jamais révéler totalement leurs secrets. C'est le cas de ce bel album d'AnneHerbauts intitulé Les moindres petites choses.
(c) Casterman
Madame Avril a un jardin. Et un lapin aussi. Madame Avril vit au bord du monde, entourée par la solitude. Elle ne parle pas beaucoup, elle ne rencontre personne. Mais elle sait regarder le monde qui vit autour d'elle - le monde qui est grand, si grand que jamais elle ne pourra finir de le contempler. Alors Madame Avril s'assoit devant son jardin et observe. La nature vaste et infinie qui l'entoure, chaque jour renouvelée ; les souvenirs du passé, qui n'en finissent pas de la rattraper, mémoires d'amours des temps lointains. Autour de Madame Avril, tout est trop grand, trop beau, trop fragile aussi. Comment trouver les mots devant ce spectacle qu'elle n'a de cesse de contempler ? Comment attraper l'infini ? comment dire l'indicible ?
(c) Casterman
Difficile de parler de cet album sans projeter sur ces belles planches d'AnneHerbauts des phrases trop conceptuelles et donc presque vides de sens. Car l'album d'AnneHerbauts est un album sur "les moindres petites choses" qui nous entourent - tous ces petits riens qui ne sont presque rien et qui, pourtant, rendent infiniment vivant celui qui sait les regarder. Il y a peu de mots dans cette histoire de Madame Avril. La sobriété du texte permet de rendre la parole aux images. Les doubles pages sont en réalité des triptyques : le lecteur, lorsqu'il tourne une page, est invité à découvrir une troisième feuille repliée. La feuille dépliée révèle un vaste paysage qui sort de sa cachette et s'étend sur une largeur qui dépasse soudainement le format classique du livre. Par ce jeu surprenant, l'auteur cherche à exprimer l'infini du monde, comme pour lui rendre hommage et nous apprendre à le regarder.
Mais des images valent bien mieux que des mots ! Voici une petite vidéo trouvée sur le net pour feuilleter l'album :
Depuis hier soir, Internet (et donc le téléphone) ne marchent plus à la maison ! Alors avec monsieur Moun, on ré-apprend à vivre comme on vivait avant - vous savez, à cet âge pré-historique d'un autre siècle que les moins de vingt ans n'ont jamais connu. On oublie de checker les mails toutes les 5 min, on ne s'use plus les yeux sur les écrans, on lit un bon vieux roman et on regarde le chat courir dans tout l'appartement de long et en large (oui, chez nous, c'est une activité à part entière... si vous en doutez, c'est que vous n'avez jamais vu notre chat, c'est sûr !). Et puis, sans le moteur de l'ordinateur, on entend des bruits différents. Peut-être bien des "Ouhhhhhhh" de fantôme, non ?
L'illustration est de Kaji pour le projet "Doudouche" et je la trouve géniale ! Pas vous ?
Alors, voilà, je suis revenue de Montreuil ! C'était épuisant... mais chouette !
D'abord, j'ai vu plein de Lucioles ! C'était vraiment tout bizarre de rencontrer toutes ces personnes avec qui je corresponds par Internet ou que je lis par blogs interposés . J'avoue que je me suis dit à un moment : "quoi, derrière les pseudos et les avatars, il y a de vraies personnes ?!" Je suis particulièrement contente d'avoir rencontré certaines de mes binômes de projets (Rebz, Kaji) et d'avoir pu prolonger la discussion avec certains collègues (n'est-ce pas Séverine ?). Mais je n'ai pas pu discuter avec tout le monde, hélas ! Ensuite, j'ai vu pleins pleins de livres ! Des petits, des grands, des beaux, des magnifiques, des trop- géniaux-qui-font-râler (du genre "mais pourquoi j'ai pas eu l'idée avant ?"), des "bof bof" (oui, il y en a aussi)... et puis aussi des livres de copains de blogs ! Après des tas d'allers-retours dans les couloirs du salon, j'avais un peu la tête qui tournait, partagée entre le plaisir (comme il est bon de humer les livres, d'appréhender leur forme, d'apprécier les couleurs... un vrai plaisir physique !) et le découragement (face à cette surproduction de livres, pourquoi diable vouloir en faire soi-même d'autres ?). Mais je suis revenue avec pleins d'images dans la tête - qui deviendront peut-être des histoires un jour, qui sait ? Bon, tout de même, je me suis aperçue que j'avais encore bien des progrès à faire en résistance à la foule et à la chaleur et encore plus en développement de la sociabilité (il y a pleins de gens que je n'ai pas osé aborder !). Mais un jour, peut-être je deviendrai une grande fille et j'oserai (oui oui, on y croit) !
Expo "Jubilo" au sous-sol du salon (illustration de mon idole - Claude Ponti !)
Vendredi soir et samedi une bonne partie de la journée, mes bottes et moi nous traînerons du côté du salon de Montreuil. Je vais essayer de convaincre ma Timidité de ne pas me coller aux bottes et de rester à la maison, et de persuader par la même occasion mon Courage de m'accompagner. Espérons que les deux bougres m'obéiront (pour une fois !).
En tous les cas, si vous y êtes aussi et si, par le plus grand des hasards, vous vous dites que vous aimeriez bien nous rencontrer (mes bottes, ma Timidité et moi), faites-moi signe par un petit mail ou un petit commentaire, histoire qu'on ne se loupe pas !
Et vous savez quoi ? Hier, je me suis dit que l'année prochaine, si tout va bien (je touche du bois... aïe ma tête !), il devrait y avoir au moins deux livres de moi sur les étales de ce salon. Ça fait bizarre. Mais bon, Inshallah, einh, bien sûr !
Je voulais écrire une histoire sur l'attente. Parce que l'attente occupe une place importante dans ma vie (surtout en ce moment). Parce que tout le monde attend, même si on ne sait pas toujours ce qu'on attend.
Alors j'ai tourné cette idée dans ma tête. Je me suis répétée : l'attente, qu'est-ce que c'est ? Presque d'emblée une image s'est imposée à mon esprit : celle d'une femme qui attend tellement qu'elle prend racine.
Un soir, j'ai confié l'idée à monsieur Moun. Je lui ai dit comme ça : "je voudrais écrire l'histoire d'une femme qui prend racine et se transforme en arbre". Monsieur Moun a rigolé. Il a dit : "ce n'est pas un sujet d'histoire, ça !"
Mais l'image était dans ma tête. Impossible de la chasser. Alors au fil des jours, j'ai laissé mon histoire germer. Sur le chemin du travail, dans le métro, le soir avant de m'endormir, j'ai arrosé mon idée. Et finalement une histoire a poussé. Histoire que j'ai laissé fleurir aujourd'hui sur le papier.
Voici un extrait de mon histoire, à peine descendue de son arbre :
[...]
Le jour, j’attendais la nuit. La nuit, j’attendais le matin. Hier, j’attendais aujourd’hui et aujourd’hui j’attendais demain. En hiver, j’attendais le printemps et au printemps j’attendais l’été. Lorsque j’étais triste, j’attendais d’être joyeuse, et lorsque la joie m’avait trouvée, j’attendais de la retrouver.
Toujours, j’attendais.
Assise devant l’horloge, je regardais le temps qui tournait. Les minutes, les heures, les jours, les semaines. Le temps passait et moi j’attendais.
Le temps creusait le coin de ma joue. Mais moi, j’attendais toujours.
L’hiver commençait à s’égarer dans mes cheveux noirs. Mais moi, j’attendais encore.
J’attendais tellement que forcément, un jour, c’est arrivé : j’ai pris racine. C’est arrivé comme ça, sans que je m’en aperçoive. Un jour, j’ai détourné mes yeux de la grande horloge et j’ai regardé mes pieds. Je ne les ai plus vus : ils avaient commencé à s’enfoncer dans la terre. J’ai passé la main dans mes cheveux. Mais ils étaient devenus forts et allongés comme des branches.
Au début, j’ai été surprise. Je suis devenue un arbre, me répétais-je, ce n’est pas si commun ! Mais en vérité, je n’avais pas le temps d’être étonnée. J’avais bien autre chose à faire : attendre.
Attendre plus que jamais.
Les semaines, les mois, les années. Mon arbre grandissait. J’avais confiance en lui et sa présence me rassurait.
À l’été, vert et généreux, mon arbre m’offrait ses fruits. Mon attente était gourmande. Je croquais dans les pommes de mon arbre et accrochais ses cerises jumelles à mes oreilles.
À l’automne, timide et mélancolique, mon arbre m’enveloppait de mille couleurs dorées. Mon attente s’effeuillait. Je regardais les branches de mon arbre dénuder sa tristesse et j’enroulais mon attente dans ses feuilles rouges et craquantes.
À l’hiver, seul et glacé, mon arbre m’apprenait à vieillir. Mon attente était sereine. Je m’accrochais aux branches nues de mon arbre et je balançais mon attente en regardant la neige tomber.
Le temps passe... L'automne s'est installé, bien décidé à faire place nette pour annoncer l'hiver - les feuilles mortes sur les trottoirs, le froid qui pique le nez, la nuit qui débarque à l'heure du goûter et les soupirs fatigués soufflant chaque semaine "Oh non, aujourd'hui pas de piscine, j'irai la semaine prochaine !" Et puis avec la fin de l'automne arrivent aussi dans mon boulot les heures pressées, les jours surbookés, les réunions enchaînées. Et avec tout ça, le temps envolé.
Résultat : lorsque je rentre le soir, ma tête est vide (ou trop pleine, c'est selon) et j'ai beau fouiller dans les recoins, je n'y trouve plus d'idées ! Juste à la place une grande portion de fatigue et une bonne dose de paresse. Pas facile d'arriver à écrire tout en ayant un boulot à côté... Si vous avez la recette de Super-Héros pour faire les deux en même temps, je suis preneuse !
Alors, à défaut de pouvoir partager mes travaux de création (inexistants), montrons ceux des copines ! Car quand je comate dans mon canapé, ma géniale binômeKaji ne chôme pas, elle ! L'histoire du doudou perdu de Zoé avance bien.
Jugez-en un peu... Ça se passe dans le placard à balais :
... et puis aussi dans le grenier :
J'aime beaucoup les idées de Kaji pour animer la mise en page et donner vie aux malheurs de la petite Zoé !
Et puis, comme je suis frustrée, derrière mon écran, de ne pas pouvoir l'aider, Kaji a la gentillesse de me mettre à contribution. "Dis, qu'est-ce qu'on pourrait trouver dans le placard à balais ? et dans le grenier ?", me demande-t-elle. Alors, je vais faire un tour dans l'entrée et j'ouvre le placard pour faire la liste de tout notre désordre (la liste est longue, croyez-moi !). Et je vais fouiller dans ma mémoire retrouver le lointain souvenir du grenier de mes grands-parents pour en faire la liste du bric-à-brac poussiéreux.
Kaji, je ne sais pas si je t'aide beaucoup avec mes petites suggestions, mais en tout cas j'adore être ton assistante en idées !
"Adèle, elle est timide, franchement timide. Timide à rougir, timide à pâlir, timide à préférer s'enfuir. Il a bien fallu qu'elle trouve une issue. Alors chaque fois qu'elle sort, Adèle met la tête dans son sac : une cachette sûre à emmener avec soi. Plus de miroir, de rouge à lèvres ne de mouchoir."C'est ainsi que commence un album pour lequel j'ai eu un vrai coup de cœur : La tête dans le sac, de Marjorie Pourchet, sorti en 2004 aux Éditions du Rouergue.
Adèle la timide sort dans la rue la tête enfouie dans son sac à mains. Même pour travailler (elle est testeuse de canards en plastique jaunes dans une usine) , elle ne quitte pas sa tête de son sac. C'est que le monde est si effrayant, quand on y pense ! Adèle a trouvé là une façon de s'en protéger, tout comme son amie Eléonore qui "porte ses vêtements devant-derrière par peur de ce qu'on peut dire dans son dos" ou commme Philémon qui "marche sur les mains" afin d'"éviter de se prendre la tête". Du monde, Adèle ne voit rien... mais elle écoute. Et Adèle adore "écouter le bruit des choses qu'elle ne voit pas". Mais un soir, le silence lui fait peur. Adèle pleure au fond de son sac. N'est-ce pas là une façon de "vider son sac" sur son jardin secret ?
Marjorie Pourchet a signé à la fois le texte et les illustations. Le texte est plein de finesse, jouant avec poésie et humour avec les mots et les expressions figées. Les illustrations créent un monde décalé, fourmillant de petits détails qui viennent compléter le texte de façon parfois surprenante. J'aime ainsi beaucoup la deuxième double page avec tous les passants de la rue qui portent chacun leur monde bien à eux : "les autres, c'est tout un monde", nous dit cet album. C'est un beau livre sur la timidité et le manque de confiance en soi, sur la conquête de soi et la rencontre avec les autres. En prenant au pied de la lettre une expression toute faite, l'auteur a créé une histoire tendre dont je me suis sentie proche immédiatement. Peut-être est-ce parce que, parfois, je ressemble moi aussi à Adèle ?